décembre 2017

Mon premier, mon choix fatal

La majorité des jeunes gens commencent leur vie sexuelle avec une grande ignorance des risques que peut contenir ce monde. Ramatou, une jeune étudiante de 20ans devenue séropositive par ignorance nous raconte son histoire.

« Je suis une jeune fille très studieuse et la fierté de ma famille, mes parents ont beaucoup investi dans mes études et m’ont toujours motivé pour que je travaille avec brillance à l’école. Je suis donc l’enfant chérie de mes parents au point où ils ne me tiennent pas trop rigueur pour de petites fautes, car je les ai toujours rendu fiers. Mais avec mes parents on ne parlait pas beaucoup de sexualité, tous ce que j’en savais, c’était par le biais de mes amies ou à la télévision. À 17 ans j’étais encore vierge, chose qui est très rare dans ma génération.

En effet, la plupart de mes camarades vivaient pleinement leur sexualité, certains de mes amis me narraient parfois leurs ébats sexuels avec leurs partenaires ou me soumettaient parfois des difficultés qu’ils rencontraient dans leurs relations. Je jouais souvent le jeu pour ne pas faire l’objet de moqueries parce que, être vierge en Terminale c’est comme être la miss moche de son époque. Mais moi j’avais ma vision et mes objectifs dont le principal étaient mes études. En plus, il n’était pas question que je sorte avec un gars de cette petite ville où je vivais : tout le monde se connait presque.

Etant une vraie sapiosexuelle, je savais exactement le genre d’homme que je voulais. C’est ainsi que j’ai rencontré Roméo lors des vacances précédentes, un beau mec intelligent et ambitieux. Dès que je l’ai croisé lors d’une balade, j’ai su qu’il n’était pas du milieu, on s’est attirés dès le premier regard et on a très vite sympathisé. Il était du même niveau scolaire que moi et habitait à Cotonou. Oulah ! Cette dernière nouvelle m’avait beaucoup excitée – la cerise sur le gâteau – c’était un rêve qui se réalisait dans ma tête d’adolescente. Nous avons donc entamé une relation amoureuse au cours de laquelle je lui ai très vite fait part de mon statut virginal et de mon souhait d’avoir mon Bac avant toute relation sexuelle.

On avait donc une relation à distance, on s’écrivait beaucoup et il était venu une ou deux fois au cours de l’année scolaire me voir, mais j’étais vraiment radicale contre toute tentative de rapport sexuel avant le Bac. J’avais tout simplement peur de chuter à l’école et je ne savais pas ce que deviendrait ma vie intellectuelle après cela puisque ce que j’ai retenu du message des adultes à propos de la sexualité, c’est qu’on est plus efficace dans les études quand on s’y met tôt. Je me suis donc très vite donné une limite qui est le BAC.

Après l’obtention de mon BAC et comme promis à mon Roméo, je l’ai laissé me déflorer bien que cette première fois fût extrêmement douloureuse. On l’a donc fait mais sans protection. J’ignorais complètement qu’on pouvait déjà se protéger la toute première fois, quand mes camarades parlaient entre temps des différents arômes du préservatif et de leurs effets lors des rapports sexuels (souvent pour rigoler), je ne savais pas que c’était pour se préserver de différents maux ; pour moi c’était juste pour le plaisir. J’étais très ignorante, je maitrisais pourtant très bien les cours de reproduction qu’on avait eu au collège mais il n’y avait rien de tout ceci.

Naïve en matière de sexualité, je laissais Roméo conduire la relation vu qu’il était déjà expérimenté, et chaque fois qu’il avait cette envie je me laissais à lui pour lui faire plaisir et pour ne pas le perdre ; ceci toujours sans protection. C’est ainsi qu’après quelques années de relations j’ai découvert le vrai visage de mon amoureux : il me trompait avec plusieurs autres filles, abusait de moi et ne me respectait plus. J’ai donc décidé de rompre la relation qui me rendait de plus en plus malheureuse.

Quelques temps après, dans mon université une équipe était venu faire une sensibilisation sur la prévention des IST du VIH/SIDA suivie du dépistage du VIH. J’étais très touchée et intéressée, j’ai décidé de faire le test ; ce que j’ai très vite regretté quand tous mes camarades ont eu leurs résultats et qu’on m’a demandé de passer au centre. J’avais horriblement peur et en même temps j’étais en colère… Que voulaient ils m’annoncer ? J’eus quand même un courage divin qui me conduisit jusque là-bas.

Une dame m’a reçu et m’annonça la nouvelle qui allait changer toute ma vie. « Mme après toutes les analyses de contrôle, nous avons découvert que vous êtes séropositive au VIH/SIDA. Avez-vous un partenaire actuellement ??? » ‘’Non ! C’est un cauchemar. Jamais je ne pourrai vivre avec ça, je ne pouvais pas l’accepter ; c’est injuste… ‘’

Des pensées du genre me traversaient l’esprit ; je pensais même déjà au suicide. Nul été l’attention, l’accompagnement et le soutien de ce centre, la vie m’aurait déjà peut-être perdue sans que mes parents et mon entourage ne connaissent la réelle cause de mon décès.

Aujourd’hui avec les Anti Rétro Viraux, je vies bien avec la maladie et je sensibilise les gens autour de moi pour qu’ils prennent les précautions.

Cinq raisons pour lever le tabou autour de la sexualité des Adolescents et Jeunes

L’adolescence est une période de grands bouleversements (transformations biologiques, changements psychologiques ; sexualité naissante) pendant laquelle, l’individu cherche à créer ou à développer sa propre identité en explorant divers domaines. Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), l’adolescent est toute personne dont l’âge est compris entre 10 et 19 ans tandis que le jeune doit avoir entre 15 et 24 ans. Le monde de la sexualité est l’une des principales problématiques liées à ce passage de l’enfance à l’âge adulte et pourtant, parler de sexualité des ados et jeunes n’est vraiment pas chose aisée dans nos contrées, que ce soit pour les parents, enseignants, médias, ainsi que pour ces jeunes eux-mêmes.

Pour ce fait, nous avons énuméré cinq raisons pour lesquelles la sexualité des jeunes doit être évoquée sans voile.

1- Le droit à la bonne information

La sexualité des jeunes est un sujet d’une importance capitale qui a trait à leur santé et leur avenir. Pour le Fonds des Nations Unies pour la Population(UNFPA) / Dakar, l’une des contributions les plus décisives que puisse apporter un pays pour son progrès et sa stabilité économique, sociale et politique, est de répondre aux besoins de santé et de développement des adolescents. Il est donc important d’en parler car les adolescents ont de réels besoins en information sur la Santé Sexuelle et Reproductive (SSR).  Le manque d’informations peut créer de grands dommages au sein de cette couche de la population qui au fil du temps devient de plus en plus imposante de par son nombre : les moins de 15ans font 45% tandis que les ados de 10-24 ans font 32,8% de la population béninoise.

Pour d’autres, parler de la sexualité avec les ados ou jeunes c’est leur laisser une porte ouverte à la dépravation, mais mettre le voile autour du sujet attire plus la curiosité des ados et jeunes qui sont obligés de se tourner vers des sources d’informations pas trop catholiques (Internet, amis, magazine, images et films pornographiques). Ce qui peut parfois les pousser à commencer une activité sexuelle on ne peut plus précoce par manque de canalisation.

Selon l’Enquête Démographique et de Santé (EDS) 2011 Bénin, 13% et 12% respectivement des jeunes et adolescents ont commencé leur vie sexuelle avant l’âge de 15ans. De même que 46% des filles et 42% des garçons avant l’âge de 18ans; mieux si on remonte dans les écoles primaires lors de certaines investigations ou sensibilisations, on remarque que certains écoliers dans la tranche d’âge de 10 ans ou un peu moins ont déjà des comportements sexuels bien que n’y comprenant pas grand-chose.

Cet état de choses est vraiment préoccupant, les adolescents et jeunes comme toute autre personne ont droit à l’information pour leur bien-être. Comme le stipule l’article 17 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant « les Etats parties doivent assurer l’accès aux informations et matériels visant à promouvoir le bien-être social, spirituel, moral et la santé physique et mental de l’enfant ». Les autorités gouvernementales ont donc le devoir d’œuvrer pour rendre l’accès aux informations en matière de la Santé Sexuelle et Reproductive facile aux adolescents.

2- La santé Sexuelle et Reproductive des adolescents et jeunes

Concernant la santé sexuelle des jeunes, les chiffres sont tout aussi alarmants au Bénin que dans la plupart des pays de l’Afrique subsaharienne.

La prévalence des IST chez les jeunes de 15-24 ans selon la DSME (Direction de la Santé de la Mère et de l’Enfant) est de 3,3% chez les filles et 7,5% chez les garçons. Bien que la prévalence du VIH soit plus ou moins stabilisée à 1,2 depuis 2006 parmi la population de 15-49 ans, il est à noter que la moitié des nouvelles infections surviennent chez les moins de 25 ans et en l’occurrence chez les garçons de 20-24 ans.

De même, les avortements clandestins constituent la première cause de décès maternel chez les adolescentes au Bénin et les complications liées aux grossesses et accouchements chez les ados en sont la deuxième. Par ailleurs l’OMS estime que 16 millions de jeunes filles âgées de 15-19ans contres un million de jeunes filles de 10-14ans accouchent chaque année. Au Bénin, l’EDS 2011 a révélé que 42% des jeunes de moins de 25ans contre 26% des adolescentes de 15-19ans et 06% des adolescentes de moins de 15ans ont déjà procréé. Cette dernière situation a un impact négatif sur la santé et la survie des enfants et des adolescentes et est d’autant plus préoccupante que les programmes de Santé de la Reproduction pour les adolescents et jeunes sont très peu développés dans notre pays. Cet état de choses ne tient pas compte des trois aspects que couvre le concept de santé des adolescents : une bonne condition physique, le bien-être et l’absence de maladie.

3- Comportements à risques

Les adolescents qui commencent une vie sexuelle assez tôt sont souvent sujets aux comportements à risques comme l’usage du tabac, de la drogue, de l’alcool, le multi partenariat sexuel, l’exposition aux MST/VIH SIDA et grossesses précoces, la violence et le manque d’ardeur à l’école ou à l’apprentissage. Bien que ces comportements soient nuisibles pour eux-mêmes et leur entourage, selon la DSME 17% des ados entre 11 et 15ans fument toutes les semaines. Certains continueront ces comportements jusqu’à l’âge adulte par addiction. Selon Carine Maillard, ces comportements immatures sont liés au développement cérébral : « Les régions du cerveau impliquées étant immatures, les jeunes éprouvent plus de mal à les contrôler. C’est quand ils comprennent qu’ils ne tirent pas un bénéfice suffisant par rapport au risque encouru qu’ils adaptent leur comportement pour la prochaine expérience du même type ». Mais parfois les dégâts sont déjà faits et il est trop tard pour les réparer.

4- Éducation

Les ados et jeunes ont incontestablement besoin d’informations sur leur sexualité mais au-delà de tout, ils ont besoin d’une éducation sexuelle de base pour grandir en bonne santé et devenir des adultes responsables, car il est démontré que l’information à elle seule n’est pas suffisante pour modifier leurs comportements. Les parents ont donc le devoir d’engager des discussions sur la sexualité avec leurs enfants, déjà à la période préadolescente. De même, l’école étant le second acteur de l’éducation des enfants, des programmes éducatifs sur la sexualité doivent être intégré dans les situations d’apprentissages pour prévenir les comportements à risques. Enfin, les médias (magazines, télé, cinéma, publicités etc..) aussi doivent jouer leur rôle en faisant attention aux images qu’ils renvoient aux jeunes, images qui font parfois la promotion des comportements à risques comme un signe d’aisance ou d’émancipation. On n’est pas sans savoir qu’une activité sexuelle précoce est un mauvais présage pour la santé sexuelle et reproductive à l’âge adulte, alors qu’un jeune bien éduqué débutera sa sexualité avec une maturité et une responsabilité qui lui permettra d’assurer la prévention des MST et sa contraception.

5- Précaution

Enfin, parler de la sexualité des adolescents et jeunes, c’est ouvrir un horizon sur la perspective de mettre en place une politique environnementale, sociale et sanitaire propice pour l’amélioration de la santé sexuelle et reproductive des adolescents et jeunes, afin de leur garantir un bel avenir. Entre autres, ça peut pousser les dirigeants à réfléchir dans le sens de la création d’espaces de divertissements sains pour jeunes ; de l’intensification des campagnes de sensibilisation et d’informations sur la Santé Sexuelle et Reproductive des Jeunes. En outre, pour les jeunes déjà en activité sexuelle, il est important de leur rendre l’accès aux méthodes contraceptives libre et gratuit, et leur améliorer l’accès aux soins de santé reproductive de qualité.

L’adolescence est une étape importante de l’existence au cours de laquelle les jeunes posent les bases de leur vie d’adulte, d’une vie saine ou pas.

Il est donc évident qu’on doive briser le silence autour de la sexualité pour avoir de meilleurs citoyens de demain et pour le développement de nos nations.